Once upon a time...

          Elle s'éveilla en sursaut d'un sommeil agité :
Un couteau, des hurlements, du sang et une odeur épouvantable. Les infos de la veille l'avaient rendue malade. La presse avait annoncé la disparition d'une prostituée tout près de chez elle.
Il était très tôt, le réveil n'avait pas encore sonné, mais elle sentait déjà qu'elle n'arriverait plus à se rendormir.
- Encore un taré ! Ces mecs-là mériteraient qu'on rétablisse la peine de mort ! Elle en aura connu des hommes au moins, pas comme une que je connais ! se dit-elle tout haut.
Alors qu'elle engouffrait son douzième toast à la marmelade, elle se remit à penser à cet embonpoint qui lui pourrissait la vie et qui ne la quittait plus, à toutes ces superbes nanas qui, chaque jour, défilaient devant son poste de télé et vantaient l'efficacité de leurs produits minceur.
Tout effort pour tenter de leur ressembler s'était avéré vain. Elle se résignait désormais amèrement à finir ses nuits à rêver de taille fine et de prince charmant en uniforme. Elle avait un faible pour les hommes qui portaient l'uniforme.

          Elle rentrait chez elle ce soir-là, les yeux cernés de fatigue.
Comme il faisait sombre déjà ! Et ce putain de brouillard qui lui barrait la route maintenant !
Elle avait regardé impuissante les deux yeux rouges de son bus s'éloigner dans le noir et irritée et amorphe, avait dû terminer son trajet à pied.
Elle pensait aux cinq raides étages qu'il lui faudrait bientôt gravir, quand brusquement, elle se retourna. Un effroyable miaulement avait retenti. Son regard se figea, là, scrutant cette voie sans issue, plongée dans un noir ténébreux. Un long frisson lui parcouru le corps tout entier.
- Mais merde, quelle idiote ! lança-t-elle d'un rire nerveux.
Les chats étaient nombreux dans ce coin paumé de Londres. Ils dératisaient la zone de leur appétit féroce. Faut dire qu'ils avaient une sacrée descente !
(Celui-là a dû se frotter à un rat plus fort que lui !)

          Mais l'étrange plainte résonnait de plus en plus intensément dans ses oreilles. On aurait dit que le pauvre animal eut été enfermé dans une boîte de conserve.
(Un très gros rat !)
Intriguée, elle quitta le faible halo de lumière émit par les réverbères et s'avança dans la pénombre. Son pas était sûr, elle n'y voyait pourtant rien. Pourquoi seigneur ce sinistre endroit lui semblait-il aussi familier ? Elle n'eut le temps d'y réfléchir qu'un bruit métallique sourd lui fit stopper net sa progression. Elle s'écrasa mollement sur le sol humide. Elle venait de se cogner.
(Pas si familier que ça finalement !)
Quand enfin elle parvint à se redresser, tout sembla s'éclaircir . Elle renifla. Une odeur nauséabonde, presque infecte envahit tout à coup l'atmosphère. C'était une benne à ordures. Elle était venue s'éclater le front contre une benne à ordures !
Les redoutables miaous avaient enfin cessé, mais un silence encore plus assourdissant et plus terrifiant leur fit écho.
C'était ce brave matou qui s'était sauvé. Il avait prit peur , forcément !
Elle était donc seule à présent, seule dans ce trou à rat crasseux qui empestait à vomir.

          Elle eut soudain le souffle coupé en se hissant sur la pointe des pieds au-dessus du tas d'immondices. Son coeur cessa de battre, ce maudit félin avait réellement de quoi beugler :
Dans un bain de sang et de fumier, gisait le corps ignoblement dépecé d'une jeune femme. Ses membres déchiquetés flottaient çà et là, chaque quartier de viande judicieusement tranché et disposé au goût de l'artiste.
On pouvait y distinguer une tête, maculée de sang et écumant d'odeurs putrides, là, souffrant encore au milieu de ce puzzle humain. Elle était devenue maigre cette tête, osseuse, elle avait tout craché...
Sous la clarté opaque de la lune, sa grimace verdâtre lui jetait des éclairs terrifiants.
Cette vision la fit tressaillir d'horreur. Une angoisse terrible la saisit alors à la gorge.
Elle se mit à courir, grimpa les cinq étages de l'immeuble à toute allure. La peur lui avait donné des ailes. Ce crâne tordu de terreur qui à présent la hantait, la possédait, elle le connaissait.
Tremblant de panique, elle claqua la porte derrière elle. Mais il était trop tard, on lui dictait déjà ses droits...

Un sourire discret se dessina sur ses lèvres. En bas, dans la rue, un tas d'hommes en uniforme l'attendaient.





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