Je n'avais pas pied. Je te faisais confiance. Puis tu m'as lâché et j'ai coulé. Terrorisé, pour la première fois j'ai du rejoindre la rive, seul. Jamais plus je n'ai pu reprendre le large.
Je n'ai pas eu le droit de me faire plaisir. Trop peur de te contrarier. Ce sentiment d'être un mauvais garçon, ton pouvoir de culpabilité.
Je me suis dépensé, comme tu voulais. J'étais plutôt doué, bien malgré moi. Mais tu t'en désintéressais. J'espérais que tu viennes me voir, que tu sois fière de moi. Je n'étais pas ton préféré.
Le sac était lourd de terribles notes quand je rentrais de l'école. Selon toi. Si je les croyais à la hauteur de tes attentes, je pensais que tu me féliciterais. Non. Je n'avais pas le droit à l'erreur.
Goûters rationnés et vie premier prix pour moi, farandoles de friandises et autres trésors pour toi. Je me souviens. Le dentifrice lui-même avait l'aspect du moins. Je ne méritais pas la qualité.
Comme un petit soldat, j'ai exécuté tes ordres et tes désirs. Sous la menace et le chantage, j'étais désarmé. Vulnérable. J'ai alors laissé les adultes décider de mon avenir. Ma parole était invisible et je n'avais pas de sens. Ma dépendance.
Adulte. Pour ma survie, me libérer de cette emprise. Pour être moi, mes propres choix. Dire "NON". Tes opinions, défavorables. Tes préjugés, dictés par les "on-dit". Tes faiblesses en pleine lumière. Tu refusais de le voir. Je ne serais pas ce que tu veux de moi. Je ne serais pas toi.
Entrée par effraction dans ma vie tu as appris ma différence. J'ai été puni de deux mois de silence. Toujours tes apriori. Plus tard tes insultes. Je me suis senti dégradé, désaimé. Encore le mauvais garçon. Celui qui te faisait mâle, celui que tu ne voulais pas. Le souvenir de ton enfance. De ton père. Celui de ce mari que tu avais finalement choisi. Celui de cet autre en secret qui comptait plus que lui.
Puis tu as refermé ta porte, accusé de ce que je n'avais pas commis, de ce que je n'étais pas. Tu as crié à l'aide, un "monstre" était entré chez toi. 24h pour disparaître. Au bout de ma course la mer dans les poumons. Pourquoi tout ça ? Six mois de mon mutisme. Ton harcèlement. Tes injures.Enfin les ponts, et l'eau qui s'écoule. J'ai retrouvé mon lit, marqué par les crues. Torrent dangereux, aujourd'hui encore. Mère nature, vois ce que tu as fait ! Tout reconstruire après les éboulements. Solidifier. D'entre les mains glisser.
Et puis moi, entre tes bras. Toi qui m'entends. Toi qui me comprends. Et Toi, qui me souviens tellement...
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